mardi 29 mai 2012

Le moment où « je ne parlerai plus jamais » (La passation)

Atelier d’écriture Ipagination, 18 mai : « La passation ».

Vous attendez sur le seuil de chez-vous groggy, vous n’avez plus l’amour de votre compagne ou compagnon qui vous a désavoué. Votre bilan sentimental s’apparenterait aux dix plaies d’Egypte et aucun miracle n’aura pu vous sauver. Votre rival(e) arrive conquérant€ ( e) pour disposer de votre lieu d’habitation, de l’amour qui lui est désormais confié. A tour de rôle dans un monologue, prenez place dans l’esprit de celui ou celle qui part : cynique, désabusé, de mauvaise foi, puis de celui ou celle qui arrive, sûr de ses qualités, de son assise, de sa motivation, moquant l’exclu. Vous trouverez une chute efficace et improbable. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existés serait totalement fortuite. N’oubliez pas de donner un titre à votre écrit, la catégorie automatiquement sélectionnée étant « Atelier d’écriture », vous n’aurez plus qu’à publier votre texte et à venir en discuter vendredi soir !

 Textes ateliers: http://www.ipagination.com/com/iPages?rmenu=1





Le moment où « je ne parlerai plus jamais »


Assise sur le perron, les yeux dans le vague, une forme à peine humaine, recroquevillée. On pourrait se demander de quelle sorte de matière organique il s’agit vraiment, si ça respire… Respiration rauque, Lovecraft… Une impression de malaise qui remonte par-delà les lieux et les temps, depuis les ténèbres… Elle était là, proscrite et desséchée depuis des siècles, depuis une éternité.
Dans le village, le silence plane. Comme après une catastrophe, comme si tout le monde était mort. Si l’on s’approchait, on pourrait entendre les gémissements sourds des pestiférés agonisant à l’abord des maisons, gémissements emportés par le vent siffleur.  J’ai déjà pleuré toutes les larmes, et j’ai pleuré même celles que je n’avais pas. J’ai pleuré ma vie et la petitesse de ma condition… J’ai pleuré les larmes des autres. J’ai liquéfié l’intérieur de mon corps, comme une araignée le fait avec sa proie, à l’aide du poison de mon cœur… Je me suis liquéfiée, oui, ai tenté de mourir en pleurant tout, en vidant ce corps de sa substance acide…  Et maintenant, je suis là, assise comme une merde devant le perron d’une maison qui ne m’appartient même pas… D’une maison que j’ai cru mienne, que j’ai aimée…  Pfff…
Va savoir dans quelle salope il est allé fourrer sa queue ! Une anorexique, sans doute… De qui il n’espérerait pas un « tour de hanche » en moins. Une athlète, ah ah… ça, au moins, ça me fait sourire. Je crèverais de rire de le voir à côté d’une athlète, tout frêle et son joint au bec, tiens… Tsss…
Mes membres sont dissouts… Je ne sais même pas si j’arriverai à me lever… Rien que d’imaginer qu’ils vont habiter là, coucher dans mon lit, j’ai envie de me laisser glisser dans le caniveau et de me fondre dans l’eau des égouts jusqu’à une destination inconnue et cachée où rendre tranquille mon dernier souffle… Comme les chats…


-       Excusez moi, la maison « Bjiarrine », s’il vous plait ? Ah, ok, merci !
Comme d’hab, cette putain de carte a menti ! J’imagine ses railleries si je lui dit... « Toi et ton sens de l’orientation !!! C’est bien un truc féminin, ça, ça m’étonne pas, ah ah ah ». Je lui dirai pas… Je dirai que j’ai trouvé tout de suite ! Bon, allez titine, avance, c’est pas le moment de me lâcher en pleine côte, dans un village pourri du trou du cul du monde. Je sais même pas si mon portable passe, ici… Quelle idée d’habiter là ! Même pas en rêve ! Vivement que je récupère ces foutues clés et qu’on puisse vider tout ça… Dire qu’elle m’attend, elle ! Je déteste voir les « ex-copines ». Quel gâchis, en y pensant ! Bon, maintenant, les choses sont revenues dans l’ordre… J’espère qu’elle va pas être trop chiante quand même, genre faire son hystérique, ou me frapper… Bon, apparemment, elle est au courant de tout, ça va… Puis « elle est ouverte »… Bon… J’espère que c’est pas une folle, quoi. « Non, elle te fera rien à toi, qu’i dit »… En attendant, elle l’a bien arrangé, que ce soit dedans, ou dehors, le petit chou…
La ville me manque déjà, les nuits parisiennes et les mojitos en terrasse, à mater les mecs qui passent ! Juste pour la vue, bien sûr, peux être fidèle aussi ! T’inquiète pas mon grand, ah ah.. M’occuperai bien de toi…  Bon, à droite, là, et normalement ça devrait aller. Euh, oui, voilà…


Le ronronnement d’une voiture jaillit progressivement, et domine peu à peu le silence, jusqu’à le remplacer par un bruit sourd. On doit l’entendre à des kilomètres. Ça y est, c’est le moment. Cœur qui bat. Angoisse au ventre… Sera-t-il là aussi? L’aime-t-il plus qu’ il ne m’a aimée ? Sent-il son cou quand elle dort ?  Le bruit grandit, et le village se compresse. Les atomes sont si serrés que tout va craquer… Ce doit être ça, l’univers « qui se déchire »… Les images s’affolent, se superposent, le mouvement revient dans mon corps, enfin, plutôt dans ma tête. Je vois son cul, ses seins fermes, sa mini jupe qui vole au vent et son air supérieur de petite pétasse qui a gagné. Ça se trouve, même, elle est classe. Je cherche mentalement les défauts à lui coller, je suis la vipère critique du festival de Canne. Elle est moche, elle est conne, elle ne m’arrive pas à la cheville. Elle a ses putains de talons qui claquent sur les pavés de MON village, elle fait tellement de bruit qu’on pourrait l’entendre depuis la vallée. Mais pour qui elle se prend ???
La voiture arrive… Bleue, d’un bleu nuit, ou bien vert, je ne sais plus… Mes yeux se troublent. Je serre les clés, dans ma poche… Elles aussi sont moites, maintenant…
La portière s’ouvre. Je l’entends. Je ne bouge pas. Ma tête reste en bas, rivée sur l’interstice entre mes deux pieds. Je me concentre. Je respire. La portière claque. Une voix claire, grave, tranche le silence et lacère mes artères… « Bonjour »  Mais je suis morte ! ça se voit, non ????   Je ne bouge pas !
Sourcils froncés.
Dents serrées…
« Bonjour ». Je relève finalement la tête, lentement, sur un corps qui apparaît peu à peu dans le monde, sur le corps de la nouvelle conquête… Comme un film, le plan est lent, progressif… Je ne comprends pas tout de suite. Je ne veux pas. Des pieds jusqu’en haut… Le mouvement se termine.
Son visage. Son visage. Ma bouche s’ouvre. Sur du silence. Ma bouche s’ouvre…
Mes cordes vocales ont disparues. Je ne parlerai plus jamais…
La nouvelle, l’aimée… Celle à qui appartient cette odeur…
C’est un homme…


Euonimus

samedi 19 mai 2012

L'écume... / Photos Missfloue

Des photos de l'écume, postées sur twitter...Une bouffée d'air pur.. Je la mangerais bien cette écume.. Ou même la photo entière... Merci pour ces photos Missfloue. Ces lignes en sont l'écho... 
Et bienvenue à l'aine des possibles...




       Goût d’iode, goût de ta langue sur le sable mouillé.
       Goût de tes pores qui s’ouvrent à  l’air, de tes pores qui s’ouvrent au sable
       Les éléments qui font l’amour, voilà ce qu’est l’écume !
       Caresse froide et vive.
       Composition mixte.
       Caresse froide et vive.
       Bouffée d’oxygène.


       Je regarde ta robe lorsque le temps s’arrête
       Absorber la lumière, refléter la lumière,
       Je regarde ta robe…


 



       Poudreuse de l’océan qui se meut sur la plage…
       Je te désire, entière !  Comme désir d’absolu…

       Et t’observe en silence, sensuelle et dentellière,
       Enfler mes bronchioles d’une entêtante ondée,
       Écumer tes miroirs en nuages de la mer…

       Transcendantale pulsion ! Frénésie du sublime… 
       Je coure dans les vagues !  je veux qu’elles me recouvrent !


      Me fondre en tes abîmes, me nourrir de ta mousse…























       Je m’y  jette, en un chien fou, et lape tes morceaux,  
       Et j’avale tout le suc, comme un enfant avide,
       De ta mousse légère, de ta barbe à papa
       Crocodile dans  l’écume, qui se roule en basse eau…



       Tu vois, même immobile…
       Figée.
       Critale.
       Dans le regard flou de cet objectif…
       La brise marine emplit nos poumons, les rosit d’une fraîcheur humide.


       Même en rêve, dans ta mousse iodée…
       Je sens les froides piqûres des grains de sables jaloux…





      (Un sentiment d’air pur, voilà ce qu’est l’écume?)




Merci Missfloue




Euonimus






















dimanche 29 avril 2012

Variations photos sirènes: dernière série de la partie 1


Ces photos sont issues d'un travail de bodypainting (sur le  corps d'un homme nu) photographié. Ces variations photos sont obtenues en jouant uniquement sur la lumière, les contrastes, le cadrage... (cf Variations sur le corps/genre, Bodypainting 1)


Les Précédentes séries mettaient en perspective la peinture de sirène, d'un buste de femme, quitte à voir s'effacer les contours du corps masculin, qu'ils se confondent avec l'arrière plan; ou bien voyaient les deux se confondre, laissant presque dubitatif  sur le genre du modèle, ou même parfois sur la prise de vue.. Féminin? Masculin? Pile, face? Les deux cotés du corps qui ne se voient jamais, qui se constituent comme différentes faces du même sujet, non séparables, ainsi assemblées, mêlées, esquissant métaphoriquement les tensions de toute saisie d'une "identité" du genre et des personnes, d'une définition une et figée, "naturelle", ainsi que les ambiguïtés des répartitions sociales de caractères et rôles.. 


Cette série est la dernière de la partie 1 de ce travail de body painting, mis en variations par un retravail des photos prises... Elle revient sur la masculinité, la forme du corps de l'homme reprenant ici le dessus, présentant le corps de la sirène comme une esquisse, à peine visible, ou qui disparait... 



































































samedi 28 avril 2012

atelier d'écriture d'Ipagination/ Invitée Zibelyne

Extraits de l'atelier d'écriture n° 9 d'ipagination, animé par Lisa 
(Avec un texte de Zibelyne)


(Première partie)
Aujourd'hui laissons de côté notre jardin pour prendre conscience d'un fait : nous sommes tous des alchimistes. Des alchimistes des mots.
Essayons donc une expérience. Selon vous, quelle serait l'alchimie sentimentale permettant de produire du bonheur ? À vos fioles, j’espère le voir vaporisé dans vos cœur d'ici 15 minutes
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Parmi les milliers d’hormones flottantes,
Qui s’entrecroisent au quotidien, courent le long des quais,
Il attend, créature alambique, la moindre goutte effluve qui croiserait sa spirale,
il attend inlassablement, car continue d’attendre même lorsqu’il s’en lasse.
Il la ferait germer, si elle s’approchait un peu ! Et si elle ne veut pas, si elle ne niche pas là, qu’importe, en vérité !!! Il se contenterait de la prendre, au moins une fois, le plus fort possible, pour que son odeur reste imprégnée, qu’il lui en reste quelque suc à savourer…
Le train va démarrer, il court. Comme souvent, il se presse. Comme souvent, il se trouve pressé dans le wagon, pressé contre des milliers, semble t-il, des milliers d’autres personnes.
Parfois, il ferme les yeux, comme tous ces autres autours qui semblent dormir dans les transports, qui semblent dormir debout. Il ferme les yeux et imagine la chair douce et ronde s’affairer autour de lui, l’entourer et le presser contre la vitre sale comme un sein chaud et lourd.
Jusqu’à ce que la vitre s’ouvre, et le projette avec protestation hors du passage de quiconque.
Ce n’était pas pour aujourd’hui, se dit-il, reniflant une dernière fois les effluves fantasmés d’un dessous de jupe volante en ce début de printemps. Les talons claquent sur le quai luisant…
Et autour, des milliers d’autres alambics qui attendent le Kairos, le germe de quelque chose…
L’ironique sourit… Le bonheur est une vue de l’esprit…
Euonimus












Deuxième partie
Proposition n°1
Pour ceux qui aiment façonner les sentiments, explorez donc la transformation d'un sentiment de plomb communément appelé haine en un sentiment d'or, votre sentiment d'or.
Rendez-vous dans 30 minutes pleins de bons sentiments !
Proposition n°2
Continuons, pour les autres, sur un texte, qui commencera par :
C'était une nuit de grand cynisme
La lune pleurait des marées
( Un poco loco – Karel Logist)





*
C'était une nuit de grand cynisme
La lune pleurait des marées étales
Et froides. Des marées insidieuses
Aux lampées de langueurs sales.
C’était une nuit de grand sinistre
Aux relents soufrés de rancœurs
De peurs noyées de honte bistre
Sous la lame rase délictueuse roide.
C’était une nuit de grand cynisme
La lune crachait son fiel et ses rumeurs
Remugles furieux d’avinés purineurs
À la vessie gouailleuse de putrides humeurs.
C’était une nuit de grands ministres
Montreurs de foire, acteurs d’enfoire
Flots de grenouilles puantes et noires
Des effluves gluants de simiesques
Entrailles. Six mai deux mille douze,
C’était une nuit de grand cynisme…


Zibelyne





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Bling-bling sentimental, bling-bling et bling,
Range ma haine, vite, vite et toutes les haines de ceux…,
Dans tes tiroirs luisants, orfèvrerie carrée
Désire-la métal, sentiment noblier,
Dorée aux quatre coins, de bisounourserie,
De rêves aristocrates, sentiments épurés…
Camisole dorée d’sentiments populaires.
Comme si tu pouvais, orgueilleux alchimiste
Faux magicien d’airain, bagousées menottines
Prendre la haine entière, ses racines, ses douleurs,
Pour couler directos, ta bague de fiançailles,
Fais moi rire, Johnny Johnny,
J’aime l’orgueil qui fait « or »


Euonimus
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lundi 23 avril 2012

jeux de bustes en échos.



Ces photos sont issues d'un travail de bodypainting (sur le  corps d'un homme nu) photographié. Ces variations photos sont obtenues en jouant uniquement sur la lumière, les contrastes, le cadrage... (cf Variations sur le corps/genre, Bodypainting 1)